Retour à la page Mes textes

Frayeurs d'enfant

 

Frayeurs d'enfant

 

Je n'arrive pas a dormir. Je regarde à nouveau mon réveil aux aiguilles fosphoressentes dans l'obscurité de la chambre : 01h53. A 55, si je ne dors toujours pas, je me léve . Il parait que le fosphore est un poison. Par exemple, si je casse le verre du réveil, que je retire les aiguilles et que je racle avec mes dents la couche de fosphore pour l'avaler, eh bien je peux m'empoisonner ! Enfin, je suppose qu'il faut plusieurs réveils. Bah !, c'est toujours bon à savoir si un jour je veux tuer quelqu'un. En face de moi, l'immense fenètre est dissimulée derrière les rideaux aux motifs géometriques qui me cachent une intrusion possible; mais si les rideaux n'étaient pas tirés, ce serait pire. Je verrai directement le noir de la nuit et peut être un visage grimaçant, celui d'un voleur qui aurait escaladé la façade et qui pourrait me tué parce que je l'ai vu. D'accord, l'appart de l'H.L.M. est au troisième étage, mais s'est tout à fait possible. Dans mes rêves je me vois parfois escaladé à main nu des immeubles, il suffit ne pas avoir le vertige et de savoir pratiquer l'escalade. Fantomas sait trés bien le faire par exemple. Et puis on voit ce genre de truc a la télé. Donc, j'ai peur. Mes draps sont relevés jusqu'à mon cou. Personne ne peux m' attraper les bras.
Je sais très bien que ma peur est iraisonnée, que c'est " puéril " (ça veut dire enfantin). Je sais trés bien pourquoi j'ai peur. Ca n 'empèche que je suis mort de trouille ! Je n'ai que huit ans et demi, c'est pour ça, vous comprenez ?
Ce soir à la télé, mes parents et mes sœurs ont regardés un film intîtulé " M le maudit ". C'est un vieux film en noir et blanc dont on a vue la présentation les jours précédants. L'histoire d'un homme qui tue des petites filles aprés leurs avoir offerts des bonbons, et aussi un ballon. Impossible d'en connaitre la couleur, le film est en noir et blanc. Aprés il les tuent. Est-ce qu'il les violent aussi ? C'est pas possible, c'est des gamines, elles sont toutes petites, elles ont donc une toute petite fente et lui il doit avoir un gros zizi d'adulte. Et comment il les tuent ? Il les éventre avec un couteau ? ou il les étrangle ? La bande annonçe ne permèt pas de le savoir. On entend les mères qui appellent leur fille dans la rue, pour l'heure du souper, déséspérémment, et puis on voit le ballon qui s'envole vers le ciel, tout seul, avec la queue de la ficelle qui pendouille. Ca veut dire que la gamine a lâché le ballon, donc qu'elle est morte ; c'est fort ça comme image, hein ! Mais bon, c'est absurde. Les gamines sont sans surveillances dans la rue, c'est juste quant il faut bouffer qu'on s'aperçoît que pfuitt, y a plus personne, les rues sont brusquement déserte, un vrai couvre-feu. Donc les gamines sont seules, pas de copines, personne qui les voient. Enfin, c'est fait comme ça pour faire peur. Si elles jouaient à la poupées devant la fenêtre du salon avec leur copine, sur le trottoir, le mec pourrait pas les zigouillées, c'est sur. Pourtant, c'est pas la première qu'il tue, mais rien a faire, il arrive toujours à s'en faire une de plus.
Evidamment, on m'a consigné dans ma chambre. Mais aprés-demain il y aura l'émission de variété " Age tendre et téte de bois " à la télé, je pourrai la regarder en famille. Alors j'ai lu au lit, au milieu de mes nounours (j'en ai cinq). J'ai repris la lecture du " Fantome de l'opéra " de Gaston Leroux, un pavé de cinq cents pages en livre de poche, un vrai maraton, mais j'en suis presqu'à la fin. C'est un livre pour adulte. Le fantome de l'opéra, il a une tête de squelette, et il vis sur un lac sous l'immeuble de l'opéra, comme en enfer. C'est un peu dégeulasse d'ailleurs, parce qu'il embrasse la nana qu'il aime vers la fin, quant il la descent en bas et la transporte en barque vers son ile du lac. Vous imaginez ? Une tête de squelette qui embrasse une femme ? Et pendant que je lisais, j'entendais à travers la porte tout les bruits du film : la musique angoissante, les cris (à chaque fois on entend les méres qui appellent leurs filles, comme dans la bande-annonce) les coups de sifflêts des policiers (ça ce passe en Angleterre ou aux U.S.A. ?) et la poursuite. Je sais pas si il l'attrapent, mais suremment, il faut que la morale soit " sauve " comme on dit.
Et puis on a éteind la télé, j'ai vite planquer mon livre sous mon oreiller car j'avais pas droit de lire si tard, et j'ai éteins la lumière. Maintenant, tout le monde dort, sauf moi, ç'est malin. J'ai aussi peur que si j'avais vu le film. Demain on va parler que de ça à l'école. Je me demande qui l'aura vu dans la classe. Peut-être Gombert ? C'est tout juste si il fume pas avec ses parents celui-la.
Bon, il est 58, je me lève. J'ai moins peur dans la salle de séjour que dans ma chambre avec la porte fermée sur moi. D'abord ç'est plus grand dans la salle de séjour, et puis les portes donnent dedans ; s'il arrive quelque chose, il suffi de crier, tout le monde peut débouler. Et puis les fenètres donnent sur le devant de l'immeuble ; faudrait être con pour escalader par-la ; avec la lumière des lampadaires on peut ce faire voir et attrapé. Et enfin, y a plus de lumière, à cause de la lune ou les lampadaires, je sais pas, mais les rideaux sont pas fermés et on voit bien la pièce, les meuble et tout, ça rassure.
Ce que je vais faire ? Je vais me glisser sous la grande table en bois dont la toile cirée pend sur les cotés. Sous le plateau, y'a des encoches en biais pour les vis qui tiennent les pieds. J'y planque mes cigarettes, des gauloises sans filtre, une par encoche. Je dois les tordre un peu pour les rentrées, mais ç'est pas grave, personne ne peut les voir, faudrait s'allonger par terre sous la table. Je pique de temps en temps une gauloise à mon pére. Pas facile, il lache rarement son paquet. Impossible de les planquer dans ma chambre, ma mère y fait sans arret le ménage comme partout. Elle y vient aussi pour coudre : le meuble de la machine à coudre est dans ma chambre. Enfin, bon, je m'égare. Je vais donc aller chercher un clope, pour demain. Je fume pas vraiment, juste un peu. Avec mes copains on testent. Des fois mème on ramassent plein de mégot par terre sur le chemin derrière l'immeuble. On les dépieutte et récupére le tabac dans un bocal, celui qui n'est pas brulé. C'est comme un trésor de guerre, comme le bocal des abeilles qu'on a écrasé à coup de baton dans l'herbe, lorsqu'elle se pose sur les petites fleurs blanches dans l'herbe, ou celui où je met les trèffles à quatre feuilles. Avec Eric, on les a planqué avec d'autres trucs sous des fourés, dans un coin difficile d'accès, contre le mur du cimetiaire. Faut y aller en rampant et aprés ç'est comme une grotte de verdure ; on entend tous les bruits de la rue, mais personne peut nous voir.
Donc je me lève avec Patapouf dans les bras (ç'est mon nounours au gros cul et au longues oreilles ; il a perdu son nez, mais ç'est mon préféré). Je pose les pieds sur la dessente de lit en fourrure, de la vrai, ma mère l'a fait avec son ancien manteau de fourrure. Je ne tourne pas le dos à la fenêtre, on ne sait jamais, et j'ouvre la porte de ma chambre. C'est tout noir et y'a pas de bruit. J'y vais. Le dalami ciré est un peu froid, c'est pas désagrèable, il fait chaud dans l'appart. Hop ! je me glisse dans la salle de séjour, j'évite de regarder le couloir de l'entré en face, c'est tout sombre - on peut pas savoir s'il y a quelque chose dans le noir - je me faufile à quatre pattes entre les chaises et me voila sous la table, a l'abri, quand méme pas trop rassuré, mais protégé en partie par les pieds des chaises, comme derriere des barreaux, on peut pas m'attaquer par surprise ; ça ferait du bruit en plus.
Une fois, j'avais fait une grosse connerie. Pendant que ma mère était partie passée l'après-midi chez ma tante Simone, j'ai fait venir deux copains à la maison. On a joué à cache-cache. A un moment j'ai trouvé une super planque : je me suis glissé dans le sac de la poussette des courses à ma mère, dans le placar. Et ma mère est rentré à ce moment la. Le temps que je sorte, elle gueulait comme un putois. Mais je suis trop rapide pour elle, elle a pas pû me choper. Elle a sorti le martinet pour me faire peur. Il n'a plus que cinq lanières, car dés que je peux mettre la main sur le martinet, je les arrache. Quand mon père est arrivé du boulot le soir, elle lui a tout raconté, et elle lui demandé de me donner une bonne correction. Il s'est mis dans une colère noire. Mon père c'est pas un costaud, mais quant il tape, ça fait mal. Comme il avancait vers moi, je me suis glissé sous la table. Il a balancé les chaises. Puis il a commencer à pousser la table. Il allait me chopper, et tout-a-coup, patatrac ! les pieds qui se débinent et je prens le plateau de la table sur ma tête. J'étais à moitié assommé. Tout le monde gueûlait, ma mère, mes sœurs, mon père. On a retenu mon père, on m'a tiré de la, et ma mère m'a écrasée contre sa poitrine en pleurant. J'étais pas fièr !
La pièce est sufisamment éclairée. Je vois mème le bocal rond du poisson rouge, transluside sur l'étagere entre la salle de séjour et la cuisine. C'est mon deuxième poissons, il a pas de nom. Le premier c'appelait Titus. Y'a quelles que semaines, mes parents se sont engueulé parce que mon père venait de rentrer bouré. Il a attrapé le bocal à deux mains et la flanqué par terre. Je me suis mit à pleurer. Titus giguotait dans une flaque d'eau, au milieu des morceaux de verres, la gueule grande ouverte. Ma mère l'a mit dans l'évier avec plein d'eaux, mais il a crevé trois jours aprèés. Alors on m'en a racheté un autre.
Contre le mur d'en face, je vois briller les feuilles du caoutchouc. C'est une plante qui a des feuilles comme celle des bananniers, mais qui tombent tout le temps du bas. C'est tellemment moche que mes parents cachent le pots derrière un fauteuil. Et la plante pousse vite et grimpe le long du mur, comme dans la jungle. Alors on a planté des cloux et accroché avec des bouts de ficelles pour pas que ça tombe. Chez Eric y'a la mème, au mème endroit, au dessus du canapé, mais la sienne est encore plus moche.
Par contre, je vois rien sous le plateau de la table. La toile cirée pend trop bas. Je tatônne et cherche une encoche. J'essais d'en sortir une cigarette. Pas facile puisqu'elle est enquastrée, si j'appuis je l'écrase. En plus j'ai pas d'ongles pour m'aider, je les bouffe, avec les peaux des doigts aussi des fois, même que ça fait mal des fois, mais s'est plus fort que moi. Merde ! j'ai rien sur moi pour m'aider. Pas questions d'aller récupérer un couteau dans la cuisine, ni de retourner dans ma chambre, sauf pour sauter dans le lit, sous les draps.
Je réflèchis. Y'a pas un truc dans la piece qui pourrait m'aider ? Un capuchon de stylo ? Le coupe papier ? Il est sur le meuble bas dans le coin de l'entrée. Y' a bien la commode contre le mur dans mon dos. On y range les assiettes et les serviettes de table dans leurs annaux en bois, et aussi les couverts. Mais si j'ouvre une porte, elle risque de grincée. Dessus la commode, y'a un vase, un cendrier… Tout à coup j'entend un mouvement. Le rideau qui sépare la salle de séjour de la chambre de Caroline ç'ouvre, les anneaux glissent sur la tringle en métal ; c'est un double-liwing, j'ai deux sœurs dans une chambre et on a amménagée pour la troisième, l'ainée, une autre chambre derriere le rideau. Je ne bouge plus. Je vois ses pieds qui ce déplacent, puis ses jambes. Elle se dirige vers l'entrée sans un bruit. Cette fois je la vois toute entière de dos, en robe de chambres et pieds nus. Ou va't'elle ? Au toilettes ? Y'a un chat qu'en profite pour miaûler. J'ai horreur de ça, on dirait un bébé abandonné dans la rue en pleine nuit. Un autre lui répond. Beurk !
J'entend qu'elle tire le verrou de la porte d'entrée, tout doucement, mais comme les chats viennent de ce taire, je reconnaits le bruit. Elle ouvre la porte. Elle va ce balader en robe de chambre sur le palié ? Peut-être qu'elle est en crise de sommnambule, qu'elle fait du sommnambulisme ? Si elle sort je frappe à la porte de papa et maman. Jamais réveillez un sommnambule, ça peut le tuer. Elle dit un truc. La voila qui revient. Zut ! si il fait pas assez noir elle va me voire. Y'a quelqu'un qui l'a suit. Un mec. Je vois son pantalon, un jean, et sa chemise, mais pas sa tête. Il marche en chaussette, les chaussures à la main. Les voila qui passe derrière le rideau. Je tend l'oreille. Plus rien. Qu'est-ce qu'ils font ? Ils chuchôtent. Frou-frou de vètements qu'on retire. Ben merde alors ! Il se déssape! Sommier qui grince. Rechuchôtements. On dirait qu'elle glousse. Manquais plus que ca. Faut que je me tire, c'est pas le moment de se faire gauler! Mais je suis comme cloué. Si je me fais repéré, je suis mal. Je gonffle ma poitrine en respirant puis je souffle doucement, comme si j'étais au cours de natation du mercredi ; mais j'ai toujours le cœur embalé. Et puis j'entens ma sœur qui dit très distinctement : " Arréte ! Tu me fais mal ! ". Qu'est-ce-qu'il lui fait ? Je crois que je vais en pisser dans mon pijama. Je rampe pour sortir de dessous la table. Je suis debout, j'étend mon pas et tourne l'angle de mon mur; encore quelles que rapides enjambés et je referme la porte de ma chambre, en apuillant tout doucement sur la poignée. Et puis juste avant de m'enfiler dans le lit, je colle mon oreille à la porte. Pas de bruits. J'attens pas plus. Hop dans le lit ! je me mets en boule avec les draps remontés jusqu'à mon menton. Je choppe mes nounours dans les bras et m'en fait un rempart. Et tout tremblant, je repense à mon aventure. Mais je n'ose penser à se qu'ils fricottent tout les deux. Alors je me met à prier pourque le sommeil m'emporte.

***

Je viens de relire ce que j'ai écris. Je trouve ça très bon ! Bien sur, y'a surement plein de fautes d'orthographes. Mais c'est rudement bien écrit ! Je peux quant même pas le faire corriger à ma prof d'école.
C'est dommage, j'ai oublié de parler du stylo d'Eric où on voit une nana à poil, lorsque on le retourne. Une vraie en photo, pas un dessin. Y'a de l'eau dedans, on retourne, et hop ! la nana a poil monte et son bikini descent !
Bon, je vais mettre mes pages dans un plastique et enterrer le sac dans les fourés, dans un coin bien à moi. Quant je deviens adulte, je reviens le detterrer et peut être méme le faire publier.

Signé : Lucien.